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POUR
UNE EUROPE
FEDERALE
POLYCENTRIQUE
Une approche transdisciplinaire pour : Comprendre l'héritage de l'Europe, son identité, sa finalité, Réformer les institutions, remédier au déficit démocratique, Repenser et construire une autre Europe.
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Mise
à
jour : novembre 2011
L’Europe
reste un sujet méconnu et complexe. Les enjeux de la
construction européenne
demeurent obscurs aux yeux de la plupart des citoyens. Nos hommes
politiques en
sont les principaux responsables et n’ont guère
manifesté une réelle volonté
d’information. Mais ont-ils eux-mêmes une vision
claire de
l’Europe ?
Sont-ils vraiment capables de dessiner un projet de
société pour
l’Europe ? Sont-ils fossilisés sur leurs
positions
depuis des décennies et
inconscients de la
période de mutation que nous vivons ? Ou bien
sont-ils
prisonniers voire
complices de puissants intérêts qui confinent le
rôle des politiques à la
gestion d’une société du chaos ? De
fait, le
fossé ne cesse de se creuser entre
la société civile et
« l’élite »
technocratique (comme en témoigne l'exemple du
traité
établissant une Constitution pour l'Europe, ou,
à la lumière du
cas de l’Irak, entre une opinion publique mondiale et une
oligarchie politique
et médiatique manipulatrice et largement
discréditée).
L’Europe est en crise depuis le début des années 1990 avec une crise majeure concernant son identité et sa finalité à la suite de la chute du mur de Berlin en 1989 puis la chute du communisme en 1991. L'Europe s'est construite face à la menace soviétique, cette menace disparait soudainement. L'Europe s'est construite face à la menace allemande, cette menace ressurgit dans l'esprit des dirigeants français qui tentent d'empêcher la réunification allemande (visite de Mitterand en RDA en décembre 1989). De plus, l'impuissance diplomatique et militaire de l'Europe est patente avec la guerre en Yougoslavie dès 1991. L'Europe s'est construite avec une volonté de pacification, dix années de guerre s'installent aux portes de l’Europe et un semblant de paix est finalement assurée par les Etats-Unis avec l'OTAN et les accords de Dayton.
L'Europe s'est construite pour assurer sa prospérité économique, mais la crise économique s'installe durablement en Europe avec une croissance molle flirtant parfois avec la déflation. Sans coordination entre les politiques économique, budgétaire et monétaire, et du fait du pacte de stabilité et de la politique de la banque centrale, les Etats n'ont plus la possibilité de mener une politique budgétaire ni une politique monétaire adaptées aux circonstances économiques locales, le tout conduisant à une atonie économique et à une économie de rente. Il y a une politique monétaire contraignante, une absence de coordination entre les différentes politiques budgétaires, et une absence de coordination entre les différentes politiques budgétaires et la politique monétaire. L’Europe se prive des moyens (budgétaires et monétaires) de surmonter la crise économique car elle est fondée sur des règles (Pacte de Stabilité) et une logique punitive, et non sur des choix politiques et une logique de coopération. Après la libre circulation des capitaux effective depuis le 1er juillet 1990, l'Europe ne fait que suivre fidèlement les principes de la mondialisation financière et le Système monétaire européen connait très rapidement sa première crise en 1992/1993. Avec cette mondialisation financière, nous entrons vers 1995 dans un autre monde (François Morin) quand les marchés monétaires et financiers ont acquis leur autonomie par rapport à l'économie réelle. Le traité de Maastricht engage pleinement l'Europe dans cette voie. Après la crise financière au Mexique (1995) puis son extension en Asie, Amérique Latine, Russie, nous entrons depuis 2007 avec la crise immobilière, la crise financière et la crise économique, dans une véritable crise systémique, qui a connu un point culminant avec la crise boursière de septembre 2008 (faillite de Lehman Brothers et sauvetage en catastrophe d'AIG). Cette crise majeure représente ni plus ni moins une remise en cause fondamentale des principes de la dérégulation des marchés, d'une certaine forme de la mondialisation, et du néo-libéralisme qui est maintenant destiné à s'effondrer tout comme le communisme en son temps. Les marchés financiers sont censés se réguler par eux-mêmes (par une loi autant mystérieuse qu'imaginaire) mais c'est bien la puissance publique américaine qui vient à leur secours avec le plan Paulson. Et il en est de même pour la remise en question du sacro saint principe de concurrence quand soudainement la Commission européenne accepte sans sourciller que trois Etats injectent 11 miliards d'euros d'argent public dans une banque privée (Fortis). Pourtant, en pleine crise financière de septembre 2008, le commissaire chargé du marché intérieur, et la Commission européenne, refusent toujours toute idée de régulation des marchés financiers ! C'est dire que la Commission européenne est gouvernée par des dogmes bien ancrés dans les esprits. Tout de même, trente années de conditionnement à la sauce de la pensée unique ne vont pas disparaitre sans un peu de résistance, à moins qu'une autre crise, encore plus grave que celle de septembre 2008, ne soit nécessaire. La crise de la dette des Etats, la crise de la Grèce (qui fait appel en mai 2010 au Fond monétaire internationnal, après la Hongrie et la Lettonie en 2008), celle de l'Irlande, du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie ? Car la crise continue a faire ses ravages du fait de l'aveuglement de nos dirigeants. Au point de provoquer l'intervention du FMI avec sa cure d'austérité, marquant par là l'inexistence de l'Europe, incapable de résoudre par elle-même ses propres problèmes. Et le secteur financier, tout juste sauvé de l'implosion grâce au secteur public, peut sans scrupule se retourner contre les Etats et s'attaquer aux dettes publiques. Or le plan d'aide aux banques a fait exploser la dette irlandaise, provoquant l'effondrement économique. C'est une faillite du modèle européen. Cette situation et la décision de la Banque centrale européenne du 9 mai 2010 (monétiser les dettes) montrent une fois de plus que l'Europe de Maastricht et de Lisbonne est morte, étouffée par des traités qui établissent des règles contraignantes au détriment d'un véritable gouvernement économique européen. Et les solutions adoptées avec les plans d'austérité vont accentuer la crise et l'endettement des pays européens, accentuer la récession et favoriser l'inflation (si il y a une création monétaire excessive pour financer la dette) tandis que la spéculation va pouvoir continuer ses ravages avec l'aval des gouvernements.
Le
couple franco-allemand est en crise, la France est hostile à
toute avancée vers une Europe fédérale
telle
qu'elle a été proposée par exemple par
Joschka
Fischer en 2000. Plus globalement, la plupart des responsables
politiques français se désintéressent
en fait de
l'Europe.
Cette crise s'amplifie encore avec une crise institutionnelle et démocratique toujours plus marquée, une abstention majeure lors des élections européennes en 1999 et 2004, le décalage entre opinion publique et gouvernements de nombreux pays, la démission de la Commission en 1999 suite à la crise de la vache folle, la menace de censure du Parlement européenen 2004 pour l'investiture de la nouvelle Commission Barroso au moment où les 25 signaient à Rome la Constitution, une crise politique avec divisions affichées entre pays européens lors des négociations pour le traité de Nice puis pour la Convention européenne, le rejet du Traité établissant une Constitution pour l'Europe en 2005, une division diplomatique à l’occasion de la crise irakienne en 2003, l'impossibilité d'offrir une autre vision du monde (tant par rapport au modèle américain qu'à l'ancien modèle soviétique), un alignement systématique des différents présidents de la Commission européenne sur des positions néo-libérales et pro-américaine, avec cependant l'émergence d'interrogations majeures sur le lien avec les États-Unis et l'existence de valeurs communes. Tout ceci présage d'une grande crise de la civilisation occidentale, crise accélérée par la guerre en Irak et le risque d'une évolution aux Etats Unis similaire à celle de l'ex URSS après l'Afghanistan....
L'indépendance
du Kosovo proclamée en février 2008
représente la
promesse d'une nouvelle crise européenne, une Europe
impuissante
depuis 1991 à régler ce problème
régional.
Le Kosovo est devenu un enjeu dans la lutte entre Russie et Etats-Unis,
et l'Europe est toujours prisonnière d'une guerre froide qui
tend
à se réchauffer (peut-être verrons nous des
missiles
américains en Pologne et en Tchéquie tandis que
des missiles russes
s'installeront à Kaliningrad), surtout depuis que la Russie
fait son
grand retour sur la scène internationale, tant sur le plan
économique et énergétique (2006/2007)
que
géopolitique (août 2008). Le Kosovo
représente un
immense
échec géostratégique pour l'Europe.
Mais le
Kosovo, ce pays à souveraineté limitée
sous
protectorat international est bien le reflet d'une Europe
dépourvue d'un gouvernement économique et sous
la gouvernance de la mondialisation. Le Kosovo
représente
aussi l'échec de la notion
d'interdépendance et l'on verra peut-être
prochainement la
Flandre ou le Pays Basque demander leur autonomie.
Conséquence
logique de cette indépendance du Kosovo, la guerre en
Géorgie (août 2008), avec la
quête d'indépendance pour l'Osétie du
sud,
l'Abkhazie, la Transnistrie probablement, la Crimée
peut-être... Le rêve
européen censé établir la paix sur le
continent
est devenu un cauchemard. Un nouveau clivage
diplomatique (après l'Irak) apparait entre les pays
européens qui se situent dans une
logique de confrontation avec la Russie (Royaume-Uni,
Pologne, Pays Baltes en particulier) et ceux qui se situent davantage
dans une logique de partenariat (Allemagne, Autriche, Belgique, France, Italie en particulier).
D'où une question stratégique fondamentale en
continuité de la construction
européenne
: sommes-nous encore dans la logique de la menace
soviétique, la
Russie représente-t-elle une menace ou faut-il
établir un
partenariat éclairé ? Question qui, au passage,
se pose
dans les mêmes termes pour les Etats-Unis : quels sont les
intérêts de l'Europe dans une alliance servile aux
Etats-Unis
? et
pourquoi l'Europe se refuse-t-elle à
assumer sa
place,
à égalité de puissance, ni plus, ni
moins, avec les autres ?
Toutes ces problématiques évoluent depuis le début des années 1980 pour atteindre un point culminant en juin 2008, rejet du traité modifié par l'Irlande, août 2008, retour de la Russie avec la guerre en Géorgie au moment où la Chine organise les Jeux olympiques, septembre 2008, crise financière qui s'éternise en Europe jusqu'à aboutir au refinancement de l'Europe non seulement par le FMI mais également par la Chine (décision fin octobre 2011). Cela montre clairement l'échec de l'Europe, l'ouverture vers un monde multipolaire, et pose avec acuité la question d’un véritable débat sur l'identité européenne et sur le projet européen, débat régulièrement occulté par nos gouvernants : quelle est l'identité européenne ? quelle est la finalité de l'Europe ? quel est le projet européen ? quel est le désir de vivre ensemble ? Comment démocratiser les institutions européennes ? Comment accompagner la mutation de société qui est en cours depuis le début du XX ème siècle ? Car le projet de l’Europe actuelle se résume au consommateur, au marché (avec ses 80 000 pages de directives ou règlements qui constituent l’acquis communautaire), à la concurrence, et à la construction d’une zone de libre échange euro-américaine à l’échéance de 2015 (le partenariat économique transatlantique). Un grand marché censé s’autogérer comme par miracle puisque l’Europe de dispose pas d’un gouvernement économique et elle s'impose par ailleurs des règles contraignantes. De ce fait, les Etats adoptent des stratégies individuelles non coopératives.
Quant à l'Europe
à
27, elle est déjà incapable d'agir.
L’Europe est
dans
une impasse car ses plans présentent un
vice de construction. Le traité de Nice (en vigueur depuis
le
premier février 2003) est plus
qu’un
échec : il s’agit
d’un résultat prévisible, la
conséquence
logique d’une erreur de trajectoire depuis les
choix économiques du Tokyo Round (1973 - 1979), avec comme
concrétisation sur le plan
institutionnel le
choix de
l'Acte Unique de 1986,
et toute nouvelle négociation engagée dans la
continuité de l’Acte Unique, de
Maastricht, d’Amsterdam ou de Nice conduira
également
à une impasse. Le projet
de
traité établissant une Constitution
pour l'Europe
(TCE) signé en octobre
2004
et le Traité modifié (traité de
Lisbonne, encore
plus complexe que le précédent) signé
en juin 2007 s'inscrivent dans cette logique. Depuis le
traité de Maastricht, toutes les tentatives de
réforme
des institutions
s’enlisent, les conférences intergouvernementales
se
succèdent (des conférences sur le mode d'une
approche
diplomatique impliquant une concurrence entre Etats) et l’on
remet
les négociations au prochain traité. Encore
faut-il
distinguer derrière le mot
réforme ce qui relève de la gouvernance, simple
adaptation des institutions à
un système économique,
de
ce
qui
concerne une réelle démocratisation des
institutions pour
l’intérêt de tous.
Il existe enfin une question importante, fondamentale, qui sera juste évoquée ici. Lorsqu'on regarde l'état des lieux de l'Europe, sa trajectoire depuis le début des années 1980, la fracture entre les citoyens et les élites politiques, la crise démocratique, la crise identitaire, les principes mêmes de l'Europe mis en pièces par la réalité des crises récurentes, économiques, boursières et financières, mais, et malgré tout cela, l'obstination de nos dirigeants pour arracher un second vote aux Danois pour le traité de Maastricht, puis aux Irlandais pour le traité de Nice, puis la transformation en France d'un referendum en ratification parlementaire pour le traité de Lisbonne, et le nouvel épisode du non irlandais en juin 2008, une question vient naturellement à l'esprit : cette trajectoire résulte-t-elle d'une volonté délibérée et occulte de la part de nos dirigeants ? Pourquoi un tel entêtement catastrophique et destructeur pour l'Europe et les pays qui la composent ? Car cette situation est similaire à celle d'un médecin qui administrerait à son patient un mauvais traitement et qui observerait passivement son état de santé se dégrader : faillite économique, faillite politique, faillite morale, faillite diplomatique, ceci entrainant un retour aux nationalismes par rejet de l'Europe par les peuples.
C'est donc un tableau sombre, mais réaliste, qui est dessiné, et le diagnostic que l'on doit maintenant évoquer est bien celui-là : l'idée d'Europe telle qu'on a voulu la construire depuis l'Acte Unique (en passant par Maastricht et Libonne) est à l'agonie mais on s'entête à penser qu'il faut poursuivre dans cette voie. Il devient urgent de savoir comment faire pour reconstruire l'Europe sur des bases saines et solides, en accord avec l'identité européenne. Mettre le Traité de Lisbonne à la poubelle et reconnaitre, ni plus ni moins, que le chemin emprunté depuis l'Acte Unique nous a mené à une impasse. Il devient urgent de repenser radicalement la construction européenne. Ce de façon d'autant plus urgente qu'il y a une nouvelle donne : avec cette période 2008 / 2012, dans les faits et dans les esprits, nous sommes entrés dans un monde multipolaire, polycentrique. Ceci amène à repenser la mondialisation sous une forme différente en constituant une douzaine d'entités régionales à l'échelle planétaire, en organisant un système de libre-échange au sein de chaque ensemble régional et entre zones de développement similaire, et en établissant de nouveaux modes de régulation des échanges selon les disparités sociales et économiques, en évitant trop de protectionnisme ou de libre-échangisme. Ceci amène à la reconquête du pouvoir monétaire par la puissance publique, à la remise en question de la libre circulation absolue des capitaux, et nécessite d’assurer des taux de change d’équilibre, et de rendre impossible les variations perverses des taux de change.
Ce débat sur le projet de l'Europe ne s'est pas ouvert avec le plan D annoncé par le Conseil européen le 18 juin 2005 et officiellement lancé par la Commission européenne le 13 octobre 2005. Un plan D comme dialogue, débat, démocratie. Pourtant, il devient nécessaire qu’une majorité de citoyens s’intéressent à l’Europe, car :
·
Les choix
européens influent sur notre vie quotidienne
et nos futures conditions de vie. Ainsi, en 1994,
la
moitié des lois votées par le Parlement
français
était
d'origine Bruxelloise. Ce pourcentage est passé en 1999
à
60 % pour monter à 70 % en 2004.
·
L’Europe
est
marquée par une régression
démocratique. Il y a
un transfert du pouvoir d’États
démocratiques
à une Europe marquée par un
déficit démocratique.
·
L’Europe
se
construit contre les européens, contre la
société
civile, et sur la base d’un modèle qui
n’est pas en
accord avec son identité ni
avec la période de mutation que nous vivons.
·
Le destin
de
l’Europe dépend de chacun d’entre nous,
de notre
volonté de s’informer, de comprendre.
Depuis
l’Acte unique
jusqu’à Maastricht,
Amsterdam, et Nice, l’Europe est réduite
à un cadre
politique et économique,
donnant une place centrale à l’Union
économique et
monétaire et à ses
contraintes par des règles (Pacte de stabilité).
Une priorité
est
clairement affichée :
défendre les intérêts des
marchés financiers
(la lutte contre l’inflation) ou
des multinationales (lorsque la Commission soutient un projet tel
l’AMI ou
encore la commercialisation des OGM) au détriment des
intérêts de la société
civile (la lutte contre le chômage, la protection de
l'environnement). En
conséquence, le
débat est cristallisé
entre les partisans de l’Europe de Maastricht (avec ses
avatars,
Amsterdam, Nice et le TCE)
et les
souverainistes. Je vous propose de sortir de ce faux
débat,
considérant qu’il s’agit là
d’un choix
illusoire entre deux positions aussi
néfastes l’une que l’autre pour
l’Europe.
On peut distinguer cinq projets possibles pour l'Europe : une confédération (les souverainistes représentent environ 4 % du Parlement européen, les second et troisième piliers de Maastricht fonctionnent sur ce mode), un fédéralisme centralisé (qui semble inapproprié car il conduirait à la disparition des Etats nations, le premier pilier de Maastricht fonctionne sur ce mode), une Europe ultralibérale (le TCE en est un exemple), une Europe anticapitaliste (l'extrême gauche représente environ 5 % du Parlement européen). Il reste enfin une cinquième voie, qui avait été ouverte par la commission institutionnelle du Parlement européen dans le second projet de Constitution de l'Union européenne (rapport Herman en 1994) avec le modèle fédéral coopératif décentralisé ou le modèle fédéraliste régional. C'est dans cette lignée que s'inscrit le modèle d'une Europe fédérale polycentrique qui a la particularité de s'appuyer sur l'identité de l'Europe et la compréhension de l'actuelle période de mutation que nous traversons. Ce modèle (il en existe certainement d'autres, encore faudrait-il lancer le débat et renoncer à la pensée unique) pourrait retenir l'adhésion d'une grande partie de partisans du oui comme du non au traité établissant une Constitution pour l'Europe car ce modèle représente un modèle intermédiaire entre une Europe fédérale et une Europe confédérale.
Le concept d’Europe fédérale polycentrique (ou le modèle fédéral coopératif décentralisé) est plus explicite et se distingue radicalement du concept de fédération d’États Nations. Toute l'erreur et l'ambiguïté de la construction européenne depuis Maastricht (jusqu'au TCE compris) résident dans le mélange d'éléments qui relèvent d'une confédération (une défense européenne indépendante ou un Parquet européen pour lutter contre le terrorisme nécessitent l'unanimité) et d'autres qui relèvent d'un Etat fédéral (processus d'uniformisation par une Commission européenne qui abuse d'une règlementation et dispose de mécanismes de sanctions). Il faut donc moins d'Europe pour certains domaines, et plus d'Europe pour d'autres. C'est la voie de l'Europe fédérale polycentrique. Derrière la notion de polycentrisme, on retrouve le renoncement à la volonté de pouvoir par la reconnaissance de plusieurs pôles périphériques, la notion de coopération (à l'opposé d'un principe de concurrence) et de coordination (à l'opposé d'un principe de subordination), et l'ouverture vers la notion de conjonction des opposés avec la notion d'interdépendance, de convergence entre les différences, entre les opposés. La notion d'interdépendance (présente dans le préambule de la déclaration de Rio de 1992, ou encore dans une proposition du Collegium international de 2005) constitue le maillon manquant entre souverainisme et supranationalité. Ce concept d'Europe fédérale polycentrique s’oppose tant à une union intergouvernementale (une confédération) qu’à un État fédéral européen centralisateur (où le principe d'harmonisation conduirait à un principe d'uniformisation, à la disparition des différences). Il se situe entre les deux tout en se distinguant du concept de fédération d’États Nations. Il s’oppose également tant à une Europe anticapitaliste qu'à une Europe ultralibérale. Il décline l’organisation polycentrique d’un pouvoir faiblement hiérarchisé, la synthèse entre une composante communautaire et une composante intergouvernementale, la coopération entre euro-régions, le polycentrisme maillé et la notion de développement durable. La synthèse des deux composantes se distingue d’une fusion-confusion telle qu’elle existe dans le traité de Maastricht, dans la proposition du couple franco-allemand (janvier 2003) ou dans le TCE pour que l'UE se dote à la fois d'un président de la Commission élu par le Parlement européen et d'un président du Conseil élu par les chefs d'Etat et de gouvernement (une cohabitation bien problématique). Enfin, ce modèle s'oppose aux stratégies actuelles individuelles des Etats qui sont la conséquence de la gestion économique par des règles, des contraintes et des dogmes.
Avec les révolutions dans le monde arabo-musulman qui ont débuté fin 2010 avec la Tunisie puis l'Egypte, et l'effondrement du culte du chef, cette remise en question de l'image du sauveur, de l'homme providentiel, conduit tout naturellement à l'élaboration d'un nouveau mode d'organisation du pouvoir sous un mode polycentrique faiblement hiérarchisé, afin de mettre un terme aux luttes des partis dans la quête du pouvoir, au détriment de la société civile. Tout comme ces révolutions remettent en question le modèle néo-libéral. Tout comme elles remettent en question la mondialisation sous sa forme actuelle. De la même façon que la catastrophe nucléaire au Japon remet en cause le principe de libéralisation du marché de l'énergie (avec sa politique de court terme axée sur la rentabilité au détriment de la sécurité), donc toute la politique de la commission européenne, et de nouveau les principes de la mondialisation.
Loin de
la
pensée unique et des discours officiels, ce site est
destiné à vous donner des
éléments de compréhension, au moyen
d’une
approche transdisciplinaire, pour
construire une autre Europe. Il me faudra pour cela reprendre son
histoire, en
détailler les phases fondamentales de mutation, et par un
raisonnement
analogique avec certaines théories psychanalytiques,
dégager l'identité de l'Europe, les fondements et
la
finalité de la construction européenne. Je vous
propose une approche
psycho-socio-politique en
quatre étapes :
La
première étape consiste
à
comprendre l’identité de l'Europe. Mon analyse de
l’identité européenne
s’appuie sur sa
structure anthropologique, spécifique et
unique au monde, composée d’une mosaïque
de quatre
types familiaux exogames (famille
nucléaire égalitaire, famille
nucléaire
absolue, famille souche,
famille communautaire exogame). Je fais ici explicitement
référence aux travaux
d’Emmanuel Todd. L'Europe est fondée sur une
structure
anthropologique polycentrique, et toute la difficulté (mais
c'est aussi toute la richesse de l'Europe) consiste à
respecter
chacune de ses composantes et à les coordonner.
La connaissance
de cette structure anthropologique
est fondamentale. Mais
au-delà
du constat de cette mosaïque de quatre systèmes
familiaux
exogames qui constitue l'identité de l'Europe, quelle peut
en
être la signification ? Pour répondre
à cette
question, la
seconde
étape
passe par
un parallèle
entre l'histoire de la civilisation
européenne et l'évolution de
la psyché, dans la lignée des
travaux de Gusdorf (Mythe
et métaphysique,
1953). L’outil psychanalytique jungien permettra en effet de
mettre
en
perspective
trois grandes mutations dans l’histoire de
l’Europe :
l’aventure grecque,
la transition Moyen-Age / Renaissance, la remise en cause du scientisme
au
début du XXèmesiècle.
Ainsi pourra se dégager l'identité et la
finalité
de l’Europe dans une vision du sens de l'histoire qui se
différencie radicalement de la "fin de l'histoire" avec la
soi-disante victoire du néolibéralisme et la
pensée unique. La chute du communisme et celle du
néolibéralisme s'intègrent
parfaitement dans cette
vision dynamique de l'Histoire.
L'histoire
de la construction européenne, les institutions et ses
rouages
feront l’objet
d’un rappel dans la
troisième étape.
La
dernière étape
consistera alors à
construire une autre Europe en accord
avec sa finalité, pour peu que l’on comprenne que
nous
sommes plongés dans une
période de mutation fondamentale depuis le début
du XXème
siècle,
et dont le
principe majeur est celui de la
conjonction des
opposés. D’où le choix
qui
s’offre à l’Europe :
-
soit se construire en référence à
cette mutation
fondamentale. Le
projet
d’Europe fédérale polycentrique
s’inscrit
dans ce cadre et définit un véritable
projet de société en cohérence avec
l'héritage et l'identité de l'Europe.
- soit rester piégée dans l’ancien cadre correspondant au conflit des opposés (gauche / droite, Nord / Sud, social-libéralisme / repli nationaliste...), choix incarné par l’Europe de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice (et du traité de Lisbonne).
Ce site,
créé en 2002,
constitue l’aboutissement d’un travail
initié en
1988.
L’aventure
a commencé suite à la lecture
déterminante des
ouvrages d’Emmanuel
Todd qui m'ont donné une clé pour comprendre
l'identité européenne. Cependant, si je fais
largement
référence
aux
données de cet
auteur, je me démarque radicalement de ses conclusions. En
effet, à
l’époque, Emmanuel Todd considérait
qu'une
intégration européenne était
impossible du fait de la disparité des structures
familiales.
Dans un
article de Libération
daté du 21 juin 1995, il
proposait même
d'abandonner la construction européenne (depuis, il semble
que
sa
position ait évolué).
Ma rencontre avec Philippe Court-Payen a débouché sur la publication d’un livre (Thierry Medynski et Philippe Court-Payen, Psychanalyse et ordre mondial, Montorgueil, 1993). Philippe Court-Payen avait auparavant présenté, au cours d’une conférence en novembre 1980, le concept de Double-démocratie (texte non publié). Je m’intéresse à l’Europe, et en particulier à l'identité européenne, depuis la fin des années 1980 car je me demandais en 1987 ce que pouvais bien signifier l'Acte Unique. Après un DEA d'études européennes à Paris VIII, " Mutations des sociétés et cultures en Europe ", j’ai publié un second livre (Thierry Medynski, L'Europe dévoilée, Yves Michel, 1999).
Plutôt que d'écrire un troisième livre, j'ai préféré utilisé le support Internet qui présente à mes yeux l'avantage de permettre une actualisation régulière, et une diffusion plus large des idées.
Je ne me reconnais dans aucune formation politique. Toutes les idéologies politiques du XXème siècle s’inscrivent dans le conflit des opposés et sont dépassées. Nous entrons dans l’ère de la conjonction des opposés et du polycentrisme, et l'Europe en est le laboratoire. Je suis un fervent européen, j'ai lu en son temps (presque) intégralement le traité de Maastricht ainsi que le Traité établissant une Constitution pour l'Europe, et j'ai voté non à ces deux traités. L'Europe telle qu'elle se construit depuis l'Acte Unique n'est pas en accord avec l'identité européenne, la naissance de la monnaie européenne (une monnaie indispensable) ne s'est pas accompagnée d'une structure politique solide et démocratique, la Banque centrale européenne devenant une sorte d'électron libre alors que fondamentalement, la monnaie doit rester dans le domaine du bien public (Maurice Allais). Un non à ces deux traités qui ne se reconnait ni dans le non d'extrême gauche, ni dans le non d'extrême droite, ni dans le non souverainiste. Un non pour défendre une autre idée de l'Europe, une idée fondée sur une approche transdisciplinaire, une approche qui s'inscrit dans le sens d'une histoire, l'histoire de l'humain, l'histoire de la civilisation européenne, car l'identité européenne résonne en écho au processus d'individuation.
Voici les liens directs. D’autres apparaîtront en cours de navigation.
1/ La spécificité de l'identité de
l'Europe |
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2/ Evolution des sociétés en Europe et
psyché
humaine Les mutations dans
l’histoire de
l’Europe
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3/ La construction européenne, les institutions et ses
rouages
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4/ Construire l’Europe en accord avec l’actuelle
mutation
de société L'Europe et le
conflit des
opposés L'Europe et
la conjonction
des opposés Pour une
véritable
réforme des institutions
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